«On demande souvent aux artistes, quel est le point de départ de leur démarche... Je crois que je peux dire en toute sincérité qu’avant d’être artiste, je suis avant tout une « lectrice », et que ce qui au fond a déclenché et déclenche encore chez moi l’acte créatif, c’est bien l’expérience de la lecture. Finalement, chaque image que je peux produire, ne serait-elle pas la retranscription d’un bouleversement plus ou moins ancien, provoqué par la lecture ? Les lieux que je photographie auraient-ils donc été déjà lus avant d’être vus ?
Le noir & blanc a été choisi pour la couleur du texte, quelque chose comme de la matière grise.
La photographie, comme un lieu éminemment littéraire, romanesque… Un livre avec des figures et des lieux n’est-ce pas un roman ? (Hervé Guibert, In « Le Seul visage »)
J’ai très vite abordé la photographie dans son plus « simple appareil ». Un modeste Nikon mécanique et un 50 mm. Un appareil que j’ai choisi lourd, qui conditionne le geste, un geste lent. L’image fixe plutôt que celle en mouvement, c’est penser que c’est plutôt à moi de me mettre en mouvement. N’est-ce pas la définition de l’émotion? Observer le silence et tendre vers une forme pensive plutôt qu’une forme pensée dans le fantasme, certes farfelu, qu’au moment où le miroir se renverse, se reflètent, non seulement la lumière, mais aussi la pensée, non seulement et / ou en même temps.»

Anne-Lise Broyer